Les gens

Découvrez ici les hommes et les femmes qui participent, d’une manière ou d’une autre, au projet Nant de Drance.

Une opportunité professionnelle à côté de la maison

Septembre 2013, gestion des vêtements et du linge des ouvriers

Marie-Laure Hamon, Christophe Lugon et Stéphane Claivaz, tous travaillent pour le chantier de Nant de Drance. Témoignages de trois collaborateurs du cru rencontrés à la cantine du Châtelard, un des lieux d’échanges privilégiés de l’ensemble des employés.  

Marie-Laure Hamon: de la Bretagne à la montagne, de Chamonix à Châtelard, du salon de thé à l’entretien journalier.

Née en 1963, Marie-Laure Hamon est originaire de Bretagne. Elle a rejoint le chantier de Nant de Drance le 1er septembre 2009 en tant que responsable d’entretien. Sous la responsabilité de Judith Spiess, elle gère actuellement une équipe de nettoyeuses chargées d’entretenir les chambres des ouvriers, le change house, les douches, les toilettes et les bureaux, y compris ceux du tunnel et ceux situés à l’extérieur du portail. Marie-Laure Hamon apprécie la diversité culturelle qui règne au chantier et le fait que quand il y a un problème, il se règle facilement. «On est soudés, on partage un but commun».

Ces anecdotes qui en disent long

En fonction de l’avancement des travaux et des départs des ouvriers vers d’autres chantiers, l’équipe d’entretien a été réduite. «On a été une douzaine. Aujourd’hui, on est deux fois moins, mais toujours joliment “mélangées”. J’ai une dame de Finhaut, une autre qui vient de Vallorcine, deux Portugaises, une Sénégalaise et une Russe qui habitent à Martigny.» Et Marie-Laure Hamon de se féliciter à nouveau de ce brassage de nationalités qui apporte de la richesse à son travail. Lorsqu’on demande à Marie-Laure Hamon si elle se souvient de certaines personnes, elle cite Leonardo, un ouvrier italien. «Il voulait se faire un café à l’italienne dans sa chambre. Il avait dû mal fermer la cafetière. Soudain, on a entendu un bruit. On a ouvert sa porte, il y a avait du café partout. Le plus drôle, c’était la tête de Leonardo. On a beaucoup ri ce jour-là.» 

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Septembre 2013, évacuation des gravats lors du creusement de la caverne pompes/turbines

Christophe Lugon: le Fignolin et les «bons gaillards».

Né en 1968, célibataire, Christophe Lugon a repris l’entreprise de transport de son père en 1999. Une dizaine d’années plus tard, ce Fignolin pur souche répond à l’appel d’offres de Nant de Drance. Aujourd’hui, en moyenne, 700 tonnes de gravier servant à la fabrication du béton pour la construction de la centrale transitent par ses soins sur le chantier. « En étant sur place j’ai aussi été beaucoup sollicité pour réaliser des travaux d’appoint, comme du déneigement. »

Quant à l’évolution de son volume de travail, Christophe Lugon est bien conscient qu’il va diminuer. En attendant, il profite pleinement de cette opportunité professionnelle à deux pas de chez lui. Et de glisser avec un large sourire qu’il vient de passer un très bon week-end avec Pascal Montavon. «C’est un mécanicien qui travaillait sur le collecteur Ouest. Il est maintenant retourné à Genève, mais il revient souvent dans la région. C’est un bon gaillard.»

Ce n’est pas le seul «bon gaillard» avec qui le Fignolin s’est lié d’amitié. Il y a aussi Christian Gatti, le chef de place de Châtelard, un bas-valaisan de Massongex qui loge à Finhaut durant les travaux pour éviter de faire les trajets tous les jours.

Si le Fignolin est très heureux de participer à un projet tel que celui de Nant de Drance, il ne s’imagine pas du tout quitter sa région pour prendre part à un autre chantier de cette importance. «Ah, non, non, non, je reste ici jusqu’à la retraite, lance-t-il d’une voix ferme. J’y suis trop bien!»

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Février 2016, travaux de déneigement au Châtelard

Stéphane Claivaz: le chef d’usine sans usine de Salvan.

Né au Trétien, en 1973, Stéphane Claivaz s’est installé à Salvan, en 2002, avec sa femme et ses trois enfants. En 1997, il entre à l’usine électrique CFF de Châtelard. Les Chemins de fer fédéraux étant partenaires de Nant de Drance, Stéphane Claivaz a été «délégué» sur le chantier par son employeur, dès mi-2009. A ce titre, il est responsable de site pour la maintenance et l’exploitation locale. «Jusqu’en 2018, date du début de l’exploitation, je suis chef d’usine sans usine, note-t-il amusé. C’est une grande chance de prendre part à la construction d’un tel ouvrage avant d’accompagner sa mise en service.»

Question de proximité

Pour rappel, ce sont en effet les CFF qui assureront l’exploitation locale et la maintenance de la centrale de pompage-turbinage.

Et la préparation de ce transfert d’activités a déjà commencé avec la constitution d’une équipe d’une dizaine de professionnels placés sous la responsabilité de Stéphane Claivaz. «Actuellement, il y a un basculement entre les travaux de génie civil et ceux ayant trait à l’hydraulique. Fin 2016, on aura déjà des installations sous tension. On aura des conduites d’eau sous pression.» L’équipe de Stéphane Claivaz fonctionnera en complément de celle de l’usine de Châtelard. À terme, des synergies entre le personnel de Châtelard et celui de Nant de Drance seront mises en place. La plupart de ces collaborateurs proviendront de la région, et cela pour une bonne raison: la nécessité de résider à proximité de la centrale afin de pouvoir intervenir rapidement en cas de problème.

"Je suis fier d’amener ma pierre à ce projet, dit-il avec conviction. Après 6 ans passés sur le chantier, je me sens très impliqué. Selon mon épouse, je le suis même parfois trop.» Quoi qu'il en soit, il se réjouit des challenges qui l'attendent.

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Une opportunité professionnelle inespérée

Mai 2015, travaux dans la caverne des pompes/turbines

A peine ses études EPFL en génie civil terminées, Raphaël Coquoz a été engagé par une entreprise sédunoise d’ingénieurs-conseils. Cerise sur le gâteau, son contrat de travail prévoyait deux ans de collaboration au sein de la direction locale des travaux de Nant de Drance. A quelques semaines d’achever sa mission sur le chantier de la centrale de pompage-turbinage, le jeune Valaisan de Salvan revient sur la richesse de cette expérience professionnelle.

«J’ai terminé ma formation à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne en juillet 2013. Je pensais enchaîner avec une thèse. A la suite d’un stage accompli durant mes études dans un bureau d’ingénieurs sédunois, je me suis vu proposer une mission de deux ans à Nant de Drance. Je n’ai pas hésité un instant», dit avec enthousiasme, Raphaël Coquoz. Depuis le 18 novembre 2013 et jusqu’à la fin 2015, ce jeune ingénieur en génie civil exerce son métier au sein de la direction locale des travaux (DLT).  

Entrer dans le monde professionnel avec un tel projet constitue une réelle opportunité. A tout juste 26 ans, Raphaël Coquoz en est parfaitement conscient. «A part le Lötschberg, le Gothard ou encore Linth-Limmern, qui est aussi une centrale souterraine de pompage-turbinage construite en Suisse allemande, il y a peu d’ouvrages de cette importance.» 

Sur le terrain par tous les temps

A ce propos, comment un jeune homme fraîchement diplômé est-il perçu par des ouvriers expérimentés ? «Je m’entends très bien avec eux. Lorsque vous ne prenez pas les gens de haut, que vous essayez de comprendre les contraintes liées à leurs tâches et qu’au besoin, vous n’hésitez pas à leur donner un coup de main, ils reconnaissent votre engagement. Je me rends aussi souvent que possible sur le terrain. Y compris par mauvais temps. Si je ne le faisais que lorsqu’il fait grand beau, ils ne seraient pas dupes de mon intérêt pour leur activité.»

L’ingénieur reconnaît avoir beaucoup appris au contact de ces hommes de l’ombre aguerris. «Ils possèdent des connaissances que je n’avais pas. Ils ont des exigences concrètes auxquelles j’ai dû m’adapter rapidement.» 

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Juillet 2015, Vieux Emosson travaux pour les prises d’eau

Une approche concrète du métier

Dans l’ensemble, Raphaël Coquoz estime avoir été chanceux. Il a rencontré peu de gros problèmes. «Je me suis occupé des injections dans le puits. Contrairement à la phase de l’excavation où on progresse dans l’inconnu, il y a peu de mauvaises surprises liées aux conditions géologiques. Ensuite, j’ai fait des bétonnages. Là aussi, la maîtrise des éléments est plus évidente. Il faut peut-être modifier le plan d’armature. Cela dit, cela n’a rien à voir avec le risque de se retrouver face à un karst, c’est-à-dire un chemin creusé par l’eau. Un risque courant lorsqu’on se retrouve confronté à des roches calcaires, comme ce fut le cas lors de l’excavation du tunnel d’accès à la retenue du Vieux Emosson.»

Diversifié, le travail de l’ingénieur lui permet d’aborder plusieurs facettes de son métier. L'une d'elles consiste à contrôler que l’entreprise GMI, chargée de la réalisation des travaux de génie civil, exécute ces derniers en respectant les normes, tant sur le plan de la qualité attendue que sur la tenue des délais et du budget. 

D’autre part, Raphaël Coquoz et ses collègues de la direction locale des travaux planifient la coordination entre les différents intervenants. En ce début d'octobre 2015, ils s’occupent de gérer le suivi des ouvrages menés par GMI et Andritz, en lien avec l’installation des conduites forcées. Ces enchaînements d’interventions constituent un véritable exercice de haute voltige. «La planification générale relève d’AF Consult. A la DLT (Direction locale des travaux), je fais de la planification à court terme. C’est-à-dire que je ne décide pas si la turbine N°4 est montée avant la turbine N°3. Je vais plutôt m’accorder avec l’entreprise GMI pour déterminer quel mur doit être bétonné en premier. Parfois, les plans conçus dans les bureaux ne correspondent pas à la réalité du terrain. Je suis là pour arranger les intervenants tout en m’inscrivant dans le cadre du contrat. Régulièrement, il faut envisager de petits travaux annexes, tels que la construction d’une piste de chantier», explique Raphaël Coquoz.

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Juillet 2015, Vieux Emosson travaux pour les prises d’eau

Autre lieu, autre intérêt

Après deux ans passés à Châtelard à suivre la construction des puits, le Salvanin s’apprête à regagner la plaine. S’il confirme avoir apprécié la grande liberté dont il a bénéficié à Nant de Drance, il se réjouit aussi de faire à nouveau des calculs, de la conception et de la planification au sein du bureau d’ingénieurs-conseils sédunois qui l’a engagé. «Je retravaillerais volontiers sur un projet tel que celui de Nant de Drance. En revanche, je ne m’imagine pas comme certains de mes collègues partir plusieurs années à l’étranger pour vivre ce genre d’expérience. Je suis attaché à mes racines.» 

Durant sa mission sur les hauts de la commune de Finhaut, Raphaël Coquoz n’a jamais rechigné à calquer ses horaires sur ceux exigés par les besoins du chantier. «S’il faut faire des heures supplémentaires, je les fais volontiers.» En retrouvant une vie plus régulière, le Valaisan pense peut-être également à construire autre chose : une vie de famille. Son épouse, ingénieure en environnement, collabore pour l’Etat du Valais. «Pour elle, cela a été plus difficile de trouver un emploi, relève-t-il. Alors que dans mon domaine, je bénéficie pour l’instant de plus d’options.» C’est une autre raison qui a poussé le jeune ingénieur à privilégier la voie professionnelle au lieu de se lancer dans une thèse. Du moins, momentanément. A 30 ans à peine, Raphaël Coquoz dispose déjà d’un CV enviable pour un ingénieur en génie civil.

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Des mesures de compensation pour réhabiliter la nature

Le Gruyérien Luc Gendre responsable des mesures de compensation de Nant de Drance

Quinze projets, d’un coût total de vingt-deux millions de francs, seront menés à bien dans le périmètre du chantier de Nant de Drance et au-delà. Ils visent à compenser l’impact sur l’environnement de la construction de la centrale hydraulique et de la ligne à très haute tension qui permettra de connecter la centrale au réseau électrique.

Comme tout chantier de grande ampleur, la construction de la centrale hydraulique aura un impact sur l’environnement. Les mesures de compensation visent donc à contrebalancer ces impacts et à réhabiliter la nature dans la région.

Quinze mesures de compensation, représentant un budget global de 22 millions de francs, ont été élaborées par le maître de l’ouvrage afin de répondre aux exigences de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) qui a octroyé la concession pour les travaux. Ces projets de réhabilitation de la nature visent «non seulement à compenser l’impact du chantier, mais aussi celui de l’installation de la ligne à très haute tension qui va relier la centrale au réseau», explique Luc Gendre, responsable Etat-major de Nant de Drance SA.

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L’aménagement récent de biotopes humides au Fond du Mont à Vernayaz est favorable à diverses espèces dont le crapaud à ventre jaune ou la grenouille rousse dont on peut voir ses oeufs.

Recréer des biotopes particuliers

Certains projets seront réalisés sur le périmètre du chantier, comme ceux qui concernent les terrains sur lesquels sont entreposés les matériaux d’excavation des galeries et des cavernes. Ces zones de dépôt seront bien évidemment remises en état. Mais dans le cadre des mesures de compensation, «on fera plus encore», souligne Luc Gendre. A Châtelard notamment, on aménagera un sentier didactique.

« D’autres mesures seront réalisées à plusieurs dizaines de kilomètres de là. Par exemple à Salvan, où il s’agira de débroussailler les roches moutonnées et de redonner de l’espace aux pâturages.» Cette mesure tient à cœur à Luc Gendre, car elle sera conduite «en collaboration avec les exploitants de la région et elle permet de soutenir l’agriculture de montagne».

D’autres compensations sont de grande ampleur, telle celle fixée par la concession, liée à la 3è correction du Rhône (R3). Elle consistera à élargir le fleuve  «afin de redonner au fleuve, à cet endroit, un espace où il pourra s’étendre, notamment en cas de crue».

La plupart des mesures projetées visent en fait à recréer localement des biotopes spécifiques, afin de favoriser la recolonisation des lieux par certaines espèces animales et végétales qui avaient plus ou moins disparu.

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La mesure Fond du Mont à Vernayaz a permis de rendre à la forêt humide au lieu dit « La Grosse Pierre » son rôle d’épurateur naturel de l’air et de l’eau.

Des mesures à la conduite très encadrée

Les projets sont variés et les délais qui sont imposés pour leur réalisation le sont aussi. Les travaux correspondant à la mesure dite «du Fond du Mont», conduite en collaboration avec la commune de Vernayaz et visant à recréer sur ce site le milieu humide qui avait été drainé, sont quasiment achevés. En revanche, d’autres chantiers devront être terminés «dans des délais allant jusqu’à cinq ans après la mise en service de la centrale de Nant de Drance», précise le responsable Etat-major. 

La conduite de ces mesures de compensation est «très encadrée», souligne Luc Gendre. Chaque projet fait l’objet d’une grille d’évaluation très précise qui devra être remplie afin de permettre aux autorités fédérales de vérifier que les objectifs fixés ont bien été atteints. Par ailleurs, les travaux sont suivis de près par un groupe d’accompagnement. «Il a une voix consultative et regroupe les porteurs d’intérêts: des organisations environnementales, comme le WWF et Pro Natura, les collectivités publiques représentées par des membres de leur exécutif ou de leur administration, ainsi que des représentants de l’Office fédéral de l’énergie et de celui de l’environnement». Ce groupe, qui rassemble des personnes représentant des intérêts parfois divergents, se réunit très régulièrement et «contrôle que l’on remplit le cahier des charges et que l’on tient les délais. Il nous accompagne également dans la réalisation des travaux.»

Dans quelques années, lorsque le chantier de Nant de Drance sera terminé, la nature pourra ainsi reprendre ses droits. Non seulement dans les environs de Châtelard mais, grâce aux mesures de compensation, dans une bonne partie de la région.

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Les quinze mesures de compensation

Sur le périmètre du chantier, quatre mesures de compensation concernent les zones de dépôt – situées à Châtelard, à Bierle (commune de Trient), au col de la Gueulaz et au pied du barrage du Vieux-Emosson - où sont actuellement entreposés les matériaux d’excavation. Il s’agira notamment de créer des sentiers didactiques, de remettre des tas de bois pour favoriser l’accroissement de la biodiversité ou de débroussailler les roches moutonnées.

- Entre l’usine de Salanfe et Salvan, la ligne aérienne sera enterrée.

- A Salvan, on nettoiera des roches moutonnées et on redonnera de l’espace aux pâturages, en collaboration avec les agriculteurs et les éleveurs de la région. 

- A la sortie des gorges du Trient, on supprimera deux seuils sur la rivière afin de permettre le passage des poissons.

- A Vernayaz, la zone humide du Fond du Mont, qui avait été drainée, sera remise en eau.

- Entre le pont CFF et celui de l’autoroute, on va élargir le lit du Trient afin de favoriser le développement de nouveaux biotopes et de redonner de l’espace au cours d’eau.

- Sur la commune de Dorénaz, des travaux seront réalisés dans le cadre d’un projet de sécurisation du torrent d’Alesse et une zone humide sera aménagée. 

- De son embouchure au pont de Dorénaz, on agrandira le lit du Trient et celui du Rhône, afin de donner au Rhône plus d’espace pour s’étendre, notamment en cas de crue. Cette mesure, considérée comme prioritaire, est menée en collaboration avec la 3e correction du Rhône qui financera le projet en grande partie.

- En suivant le Rhône, en direction de Martigny, la mesure dite «du lac des sables» consistera à réhabiliter un lac de gravière et à créer une zone humide. 

 - Sur la commune de Martigny, on élargira le canal de Bienvenue en aménageant un lit mineur et un lit majeur dans lequel l’eau pourra se déverser en cas de crue.

- A Saxon, en collaboration avec la commune, on réhabilitera les canaux endigués, afin de favoriser la biodiversité et de permettre de gérer les crues.

- Par ailleurs, une mesure de longue haleine visera à éliminer les plantes invasives, comme la renouée du Japon, qui ont colonisé les berges du Trient.

 

JBCOMM, avril 2015

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Un projet totalement unique

Etat de la caverne principale au 07.07.15

Avec ses longues galeries et ses immenses cavernes, son implantation souterraine, son éloignement de la vallée, les nombreux corps de métier qui s’y côtoient, le chantier de Nant de Drance a peu d’équivalents dans le monde. Les responsables des travaux, qui doivent assembler les pièces de ce gigantesque puzzle, sont sans cesse confrontés à de nombreux défis.

A projet exceptionnel, travail inhabituel. La construction d’une station de pompage-turbinage dans les flancs de la montagne soulève en permanence des problèmes techniques, mais aussi et surtout logistiques, auxquels il faut rapidement trouver des solutions.  Christoph Bucher, du bureau d’ingénieurs AF Consult à Baden, peut en témoigner, lui qui a participé à l’aventure depuis le début, en 2002. Il était alors directeur général des travaux. «On est parti de rien, se rappelle-t-il. J’ai commencé chez moi, sur ma table de cuisine, avec mes gamins entre mes jambes.» Pour réaliser les études préliminaires, il a travaillé avec des photos, mais il a dû aussi aller avec quelques collègues sur le terrain. «A l’époque, les cartes n’étaient pas exactes et on a parcouru la vallée en passant par la France, sous le lac. C’était fou, mais c’était très intéressant.»

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Etat de la caverne principale au 07.07.15

Bien dimensionner les galeries et les cavernes

Dès cette première étape, les difficultés liées au caractère souterrain du chantier sont apparues. «Sur terre, on a de la place, on a des routes d’accès au chantier», explique Christoph Bucher. « A Nant de Drance, il fallait prévoir le nombre de galeries d’accès nécessaires, mais aussi réfléchir à leur pente et calculer leur diamètre afin que deux camions puissent s’y croiser. Il fallait aussi dimensionner correctement les grandes cavernes pour qu’elles puissent accueillir les machines. Tout en tenant compte de la géologie et en se préoccupant de l’environnement – et notamment du devenir des dizaines de milliers de tonnes de roches qu’il était prévu d’excaver. Toutes ces questions ont été réglées après de nombreuses concertations avec les entreprises de génie civil concernées par les travaux, notamment au moment des appels d’offres.» 

La tâche a été rondement menée. «On a commencé en 2002 et, en 2008, la commune de Finhaut nous a donné le permis de construire, se souvient Christoph Bucher avec émotion. Je ne m’y attendais pas.» 

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Des plans très détaillés

« Une fois que les travaux sont lancés, il faut faire les plans d’exécution», souligne Nima Nilipour, du bureau BG Ingénieurs Conseils à Lausanne et chef de projet des cavernes principales (celle des machines et celle des transformateurs). Dans cette dernière phase des études, «nous dessinons des plans qui définissent tout dans les moindres détails, explique-t-il, car c’est sur cette base que  les ouvriers exécutent ensuite les travaux.» Aujourd’hui, alors que le bétonnage a commencé, «nous sommes, dit-il, à un pic de production des plans. En décembre 2014, nous avons livré 120 plans, en 9 exemplaires chacun, car il faut 5 exemplaires pour l’entreprise,  2 pour la direction locale des travaux et 2 pour le maître d’ouvrage. Cela en représente, du papier!»

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Livraison d’une pièce de chaudronnerie le 08.07.15

La logistique, un vrai casse-tête

« Le principal défi du chantier tient à ses dimensions», souligne Christoph Bucher, qui est actuellement responsable de la direction des travaux des deux grandes cavernes. «Il n’y a pas beaucoup de cavernes de cette taille dans le monde», renchérit Nima Nilipour qui s’est livré à de savants calculs 3D pour que la voûte tienne, «même avec un soutènement modeste».

Autre casse-tête, de très nombreux intervenants sont présents au même moment sur le chantier - entreprises, fournisseurs, bureaux d’ingénieurs et représentant du maître d’ouvrage. Cela impose des trésors d’ingéniosité au niveau de la logistique, car il faut «coordonner les travaux des différents corps de métier et faire en sorte que les plans d’exécution soient respectés», explique Christoph Bucher. Cela impose aux responsables des travaux de prendre les bonnes décisions souvent «six mois à l’avance », puis d’être sans cesse prêts «à réagir rapidement dans tous les domaines».

A toutes ces difficultés s’ajoute la complexité technique du projet, liée notamment au fait que les pompes-turbines qui seront installées ne sont encore que des prototypes. «Des machines de ce type sont toutefois déjà utilisées à la station de pompage-turbinage de Linthal, constate Christoph Bucher, et nous pourrons profiter de cette expérience.» 

Quant à la situation géographique du chantier, elle n’est pas de nature à simplifier la donne. «Nous sommes à 6 kilomètres de la vallée, rappelle l’ingénieur d’AF Consult. Mieux vaut ne pas oublier son tournevis. »

 

 

JBCOMM, février 2015

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Le minage du bouchon de la galerie hydraulique inférieure: une course contre la montre

17.03.15, sécurisation de la galerie après percement

Le 19 mars 2015, les derniers blocs de rochers qui bouchaient encore la galerie hydraulique ont sauté. Une vanne obstrue désormais la voie d’accès; son assemblage a nécessité des travaux de chaudronnerie complexes.

Une étape importante pour le chantier a été franchie le 19 mars 2015. Ce jour-là, le dernier bouchon de la galerie hydraulique inférieure a été miné. Deux galeries parallèles ont en effet déjà été excavées, chacune étant destinée à alimenter trois des six turbines avec l’eau venant du lac d’Emosson. C’est pour cette raison qu’il s’agit de bétonner et d’installer une vanne obstruant le passage de l’eau, avant de pouvoir faire sauter les derniers bouchons. Sinon, «toute l’eau contenue dans le lac, soit quelque 200 millions de mètres cubes, se serait écoulée jusqu’à la plaine du Rhône», explique Gérard Seingre, le directeur général des travaux de Nant de Drance. Une portion de rocher, longue de 30 mètres, a donc été laissée sur place dans chacune des deux galeries.

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17.03.15, placement d’explosifs pour le percement de la
galerie

Une fenêtre de travail restreinte

Le minage d’un de ces bouchons, celui fermant la galerie hydraulique inférieure, vient d’être mené à bien, à l’issue d’une «véritable course contre la montre», dit Gérard Seingre. Le lac d’Emosson étant toujours en exploitation, le travail ne peut se faire que lorsque son niveau est bas, c’est-à-dire entre le 1er mars et le 20 mai. «A la fin de l’hiver, le lac est faiblement rempli et, à partir de la mi-mai, la fonte des neiges fait remonter son niveau », précise Gérard Seingre. « Si l’on ne profite pas de cette fenêtre de travail restreinte, les travaux doivent être reportés d’un an.»

Le marathon a commencé en mars 2014, avec l’installation, dans la caverne des vannes inférieures (dite «KSU»), du dispositif servant à obstruer la galerie. «C’est une double vanne de type wagon, qui ressemble à une guillotine», décrit le directeur des travaux. Cette «très grosse structure» est constituée de deux lames en acier «d’un mètre d’épaisseur et pesant plusieurs dizaines de tonnes» dont l’une (celle qui pourra être fermée lors de l’exploitation de la centrale), est lestée de béton. L’ensemble est placé dans un bâti qui mesure 42 mètres de long. 

L’assemblage de cette vanne, qui a été fait sur place par l’entreprise ERNE surfaces AG (sous-traitant de Andritz) a nécessité «un travail de chaudronnerie très complexe». Les soudures doivent en effet être soignées et, si l’une d’elles comporte des défauts, «il faut refaire». Ensuite, il a fallu bétonner le bâti de la vanne, en procédant par étape afin de laisser à chaque couche de béton le temps de légèrement refroidir avant de poser la suivante. Ces derniers travaux, comme tous ceux qui concernent le génie civil du chantier de Nant de Drance, ont été confié à GMI (Groupement Marti Implenia).

«Ce chantier nous a donné beaucoup de travail pendant toute l’année 2014, constate le directeur des travaux. Mais nous y sommes arrivés et, lorsque tout sera terminé, aux alentours du 15 au 20 mai, on pourra fermer la vanne». Il est en effet nécessaire de faire des injections d’étanchement «afin que l’eau du lac ne puisse pas passer par des fissures qui se trouveraient autour de la vanne.»

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17.03.15, travaux d’étanchéité sous Vieux-Emosson

Dix jours de minage

Une fois la vanne mise en place, le minage a pu commencer. Il a été fait à partir du fond du lac d’Emosson dont il a d’abord fallu déneiger la route d’accès. «Au commencement, on a eu de la chance car les conditions nous étaient favorables », se rappelle Gérard Seingre. « Mais, début mars, il y a eu une tempête de neige et il a fallu tout recommencer. Nous avons dû nous adapter à la météo et aux avalanches», ajoute, serein, le directeur des travaux qui est coutumier des aléas liés au travail en altitude.

Le minage, réalisé à l’explosif Tovex, a duré dix jours, à raison de trois mètres d’excavation par jour. «Le 18 mars, on a testé la vanne et le lendemain, on a fait sauter les derniers blocs de rochers du bouchon», constate avec satisfaction Gérard Seingre, heureux que le planning ait pu être respecté et la course contre la montre gagnée. 

Il reste maintenant à bétonner la portion de galerie ainsi libérée, travail qui est actuellement en cours. L’année prochaine, on remettra l’ouvrage sur le métier, afin de faire sauter le bouchon obstruant l’autre galerie hydraulique.

 

 

JBCOMM, avril 2015

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Les pièces maîtresses de la chaudronnerie

12.02.16, travaux de chaudronnerie en caverne

Fin août 2015, sur le chantier de Nant de Drance, les travaux de chaudronnerie progressent. A la satisfaction de Thierry Cousot, ingénieur, aucune difficulté technique n’est venue bousculer le calendrier établi. Seule la météo a parfois joué les trouble-fêtes.

En cet après-midi de fin août 2015, Thierry Cousot a le sourire. «Nous avons dû procéder à des ajustements pour maintenir un bon rythme, mais en gros, nous sommes dans les délais souhaités», confirme-t-il avec une pointe de soulagement. Pour l’ingénieur et son équipe, le défi à relever est à la dimension des pièces qu’ils doivent mettre en place sur le chantier de Nant de Drance: énorme. Au pied du puits, on trouve ainsi des tubes pouvant atteindre 7 mètres de diamètre. Une envergure qui laisse imaginer la manutention complexe nécessaire à leur installation dans les entrailles de la centrale de pompage-turbinage.

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Les caprices de la météo

«Nous sommes contents car jusqu’à présent nous n’avons pas rencontré de difficultés d’ordre purement technique», dit Thierry Cousot. Ce qui ne signifie pas pour autant que tout coule de source dans cet univers de la haute technologie hydroélectrique. «Il se passe rarement une semaine sans un imprévu», confirme l’ingénieur. 

L’un des derniers en date a eu lieu à la fin juillet. En raison d’un violent orage, de l’eau boueuse s’est infiltrée par l’une des prises d’eau, située au niveau du Vieux-Emosson. Elle a glissé le long du puits vertical. «Nous en avons reçu environ 70 cm dans la caverne de montage, ce qui a occasionné un arrêt complet des travaux de toute la zone.» Les postes à souder et les alimentations de  préchauffage des soudures ont été souillés. Des dégâts ont été constatés sur le dispositif de collecte des eaux d’infiltration des puits. 

Comme souvent dans pareille situation, l’événement s’est produit un vendredi en fin de journée. Ce mauvais timing n’a toutefois entraîné aucune conséquence fâcheuse supplémentaire. Les équipes sur le terrain ont très bien réagi. Elles ont aussitôt donné l’alerte permettant une intervention efficace. Dès le lundi, l’eau, la boue et les cailloux avaient pu être évacués. Quant au matériel abîmé – pris en charge par les assurances – il a été remis en état rapidement.

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12.02.16, élément du pied du puits

Deux secteurs délicats

La réussite de l’avancement des travaux dépend en priorité de la maîtrise de deux secteurs délicats: celui des vannes papillons, situées en amont derrière le lac du Vieux-Emosson, et celui des vannes wagons, situées en aval derrière le lac d’Emosson. Ces dernières ont d’ailleurs été sollicitées en urgence durant le printemps, lorsque la remontée subite du lac d’Emosson s’est produite. 

Les zones des vannes représentent un vrai challenge organisationnel au moment du remplissage des bassins, les fenêtres d’intervention étant extrêmement courtes. Concrètement, pour permettre le rehaussement du barrage du Vieux-Emosson, le lac en amont a été vidé. Il sera à nouveau rempli, en 2017, lors des essais des turbines.

Quant au lac d’Emosson, situé en aval, il est en exploitation. Ce printemps, il a été abaissé afin de percer le dernier bouchon rocheux d’une des deux adductions qui amèneront l’eau jusqu’aux turbines. Cette opération sera renouvelée en 2016 pour percer le second bouchon rocheux. Les secteurs des vannes papillons et wagons doivent donc être terminés à temps pour que le remplissage des lacs puisse se dérouler normalement.

Or, à mi-septembre, les équipes de chaudronnerie entrevoient des difficultés avec le montage des vannes situées derrière le lac du Vieux-Emosson. «Il y a un risque de dérive de un à deux mois, explique Thierry Cousot. Cela n’aura pas ou peu d’influence sur le planning général, mais pourrait en avoir sur le remplissage de la retenue du Vieux-Emosson. Les essais de la première machine risqueraient d’être perturbés et devraient être adaptés à cette situation.»

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12.02.16, travaux sur les conduites du puits vertical

Alternance des travaux

Autre casse-tête à régler: l’alternance des travaux de chaudronnerie et de génie civil, les pièces métalliques étant bloquées en partie dans le béton. Le blindage de la structure extérieure des vannes aval du second tube a été terminé à la fin août 2015 ; le témoin a ensuite été passé aux équipes du béton. Elles se sont affairées durant 5 mois. Les vannes proprement dites seront mises en place dans le courant du mois de mars 2016. 

Le montage des conduites constitue une autre source de satisfaction. Il progresse. Le premier coude au pied du puits est terminé, le second est en cours. La première bifurcation en amont a commencé. Et à l’aval, côté basse pression, une bifurcation est achevée et une autre est en cours de montage. Actuellement, près de la moitié des travaux de blindage a été réalisée. Quant aux grilles des prises d’eau, elles seront installées au printemps 2016 au Vieux-Emosson. Mentionnons encore la pose des 6 tuyaux d’aspiration des turbines, terminée depuis février 2015. Au programme pour 2016 figure l’implantation des bâches spirales au-dessus des tuyaux d’aspiration, ainsi que le blindage de fermeture du pied des 2 puits verticaux. 

 

 

JBCOMM, octobre 2015

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Un chantier qui rapporte à plus d’un titre

La village de Finhaut en 2014

La construction de la centrale hydroélectrique de Nant de Drance est une aubaine pour Finhaut. Mais tout dépend de quel côté du barrage on se situe.

La commune de Finhaut a touché 7,5 millions de francs grâce à la taxe initiale liée à l’autorisation de construire et aux compensations accordées pour les perturbations du chantier. «Pour notre collectivité, c’est une opération rentable», relève Pascal May. Le président de Finhaut mesure ses propos. Dans les villages de montagne, si tout le monde partage la même réalité, chacun l’appréhende à sa manière. «Pour les uns, c’est beaucoup; pour les autres, jamais assez.» 

Côté positif, les recettes supplémentaires ont permis d’amortir la dette communale, d’adapter les infrastructures et de lancer des projets en suspens. Pendant toute la durée de la concession, soit 80 ans, d’autres retombées financières sont attendues. «Entre la taxe foncière, celle de pompage-turbinage, l’impôt sur le capital et celui sur le bénéfice – pour autant que Nant de Drance en réalise – nous estimons récupérer environ 2 millions de francs par an», explique Pascal May. En terme de capital humain, cela représente enfin une aventure extraordinaire. «La région possède un long vécu avec l’hydroélectricité. Il y a eu les barrages de Barberine en 1925, du Vieux-Emosson en 1955, et d’Emosson en 1975, sans compter les usines de Châtelard, de Vallorcine, de Vernayaz et d’Emosson. 

Aujourd’hui et demain, il y a et il y aura Nant de Drance avec toutes les perspectives de développement que la construction, puis la gestion de la centrale impliquent.» 

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2014, Pascal May, président de Finhaut

Enthousiasme nuancé

Propriétaire de l’hôtel Suisse, de la station-service et du shop situés à Châtelard-Frontière, Serge Vérolet reconnaît des effets positifs sur ses affaires, notamment sur la vente de carburant. De là à prétendre qu’il a touché le jackpot, il y a un pas et même deux. «La construction du barrage, dans les années 70, a été très profitable pour la région. J’espérais faire au moins 20 % du chiffre d’affaires réalisé lors du chantier d’Emosson.» Oui, mais voilà, Emosson était un chantier «à l’ancienne»… Projet international, Nant de Drance s’organise selon des procédures complexes héritées d’un monde globalisé fonctionnant à l’opposé des habitudes locales. D’où cette impression d’avoir plutôt «un village dans le village» qu’un chantier au cœur du village. 

La crise économique a aussi changé les comportements. «Aujourd’hui, les ouvriers viennent chercher un salaire à ramener dans leur famille restée à l’étranger. A l’époque, ils participaient à la vie de notre région, non seulement en consommant sur place, mais en vivant avec nous. On jouait même au football ensemble», se souvient Serge Vérolet. «Pour les communes, c’est bien, c’est vrai. Nos responsables politiques ont bien bossé, merci à eux, tient-il à souligner. Pour les privés, c’est autre chose. Mais on a aussi notre part de responsabilité. On aurait dû mieux négocier l’occupation de notre territoire. On est mal parti. C’est dommage. Avec ces gros chantiers, il faut être prudent.» 

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Auberge du Vieux-Emosson

Question de mentalité

A la cabane du Vieux-Emosson, Nicolas Vouilloz regrette également les années 70 : «J’ai connu le chantier d’Emosson avec mon père. C’était pas la même chose… On faisait la fête avec les ouvriers italiens.» Changement de mentalité avec Nant de Drance. Les nationalités sont multiples, les transactions répondent à des exigences nouvelles, les opérations obéissent à des règlementations strictes. «J’ai été un peu surprise par leur manière de traiter, remarque Myriam Vouilloz. Au début, nous avons manqué de stratégie.» Ce n’est pas tant le ballet de machines qui chiffonne Myriam, mais la concurrence de la cantine installée en contrebas de sa cabane. Tout n’est pas négatif pour autant. Ainsi, en 2014, les Vouilloz ont pu démarrer leur activité plus tôt dans la saison. Et Myriam, Nicolas et Serge de résumer : «Si certains responsables se comportaient moins en terrain conquis, ce serait parfait.» 

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Alimenter le chantier en électricité

Intense activité dans la caverne principale

On l’oublie trop souvent: sur le chantier de Nant de Drance, rien ne pourrait se faire sans courant. Pour le maître d’ouvrage, l’installation et la maintenance de l’alimentation électrique des galeries souterraines et des différents bâtiments de Châtelard représentent un véritable défi.

Lorsqu’on évoque le chantier de Nant de Drance, on pense aussitôt aux travaux d’excavation et aux nombreuses machines qui rongent la roche. On oublie en revanche la place importante que prend l’alimentation électrique dans les travaux. Ces équipements sont pourtant indispensables. «Quand on construit une maison, la première chose que l’on installe, c’est un coffret électrique, dit Florian Brantschen,  responsable électrotechnique de Nant de Drance SA, car le premier corps de métier qui viendra travailler aura besoin de courant.»

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Déchargement et basculement d’une pièce de l’aspirateur d’une pompe-turbine

Eclairer, chauffer, ventiler et faire tourner les machines

Du courant, la construction de la future station de pompage-turbinage de Nant de Drance en consomme beaucoup. Sur le chantier principal, il sert à  faire tourner les engins, ainsi qu’à assurer la ventilation et l’éclairage des galeries et des cavernes. Il alimente aussi l’usine de Trient (qui valorise une grande partie des matériaux d’excavation qui servent à fabriquer du béton) et les travaux de surélévation du barrage du Vieux-Emosson.

A Châtelard, il faut aussi éclairer et chauffer les bureaux de la direction de Nant de Drance et ceux de l’entreprise de génie civil GMI (Groupe Marti Implenia). Sans oublier les bâtiments abritant la cantine et les logements des ouvriers. «Cela représente un village de 400 habitants et, en hiver, tous les radiateurs fonctionnent passablement», constate Stéphane Claivaz, coordinateur d’exploitation de Nant de Drance.

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Containers superposés servant à l’hébergement des ouvriers

L’équivalent de la consommation de près de 4000 habitants

La consommation totale varie d’année en année, en fonction des travaux effectués, mais elle reste importante. «En 2012, elle a été de 16 GWh (Gigawattheures)», selon Florian Brantschen, soit l’équivalent de la consommation électrique des quatre communes de la vallée du Trient (Vernayaz, Salvan, Finhaut et Trient) qui regroupent 3 800 habitants.

Ce courant, distribué par le Service Electrique Intercommunal (SEIC) basé à Vernayaz, provient du réseau domestique et industriel «normal» qui n’avait pas été dimensionné pour alimenter un tel chantier. «Avant le démarrage du projet, le maître d’ouvrage a donc dû financer le renforcement du réseau de la vallée du Trient», précise le coordinateur d’exploitation. Il fallait en effet s’assurer que le chantier ne manquerait pas d’électricité et que les habitants de Finhaut et des communes avoisinantes ne seraient pas plongés dans le noir.

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Des kilomètres de câbles

Il a d’abord fallu amener l’électricité à différentes entrées du chantier. Puis, à mesure que l’excavation avançait, l’acheminer à l’intérieur des galeries. Donc, poser des kilomètres de câbles, mais  aussi mettre en place les transformateurs, les boites de dérivation et autres équipements permettant de conduire le courant jusqu’aux utilisateurs.

En outre, à l’extérieur, les lignes électriques alimentant le chantier étaient aériennes sur certains tronçons, à l’époque. «En hiver, il suffisait de la chute d’une branche de sapin pour arrêter tous les travaux.»

Malgré quelques incidents de parcours, tout s’est globalement bien passé et, jusqu’ici, «il n’y a pas eu de panne importante», conclut Florian Brantschen.

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Phase de transition

Les responsables de l’alimentation électrique et leurs collègues chargés de la logistique devront faire face à une importante étape de transition. Le réseau électrique intérieur qui avait été mis en place par l’entreprise de génie civil GMI pour les travaux d’excavation doit être en grande partie remplacé pour répondre aux besoins des fournisseurs d’équipements électromécaniques (turbines etc.) qui ont pris le relai. 

Il faut aussi déjà songer à l’installation du réseau définitif qui servira à alimenter la future station de pompage-turbinage et «qui sera mise en service en 2016 ou 2017». Pour l’installer, «il faudra changer pratiquement tous les équipements électriques». Notamment les câbles qui seront remplacés par d’autres, « plus légers, mais qui seront protégés par des tuyaux placés dans le béton». C’est dire que, pour Stéphane Claivaz et Florian Brantschen, la tâche est encore loin d’être achevée.

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Un pays qui s’appellerait Nant de Drance

Mai 2014, surélévation du barrage du Vieux-Emosson

Ils viennent de Suisse, des quatre coins de l’Europe et de plus loin encore. Près de vingt nationalités se côtoient sur le chantier de Nant de Drance. Le mélange de cultures et de langues procure à ces hommes de l’ombre un rayonnement exceptionnel.

«Wiä gat’s? Du bisch immer da?» «Morgä. Am Samschtig cha-n-i uf Brig gaa. Ich schaffä nöd. Ade.» Quelques mots captés au hasard d’une rencontre entre deux ouvriers de Nant de Drance. Plus loin, le même type d’échange, mais dans une langue slave et non plus en suisse allemand. «Il y a beaucoup de Slovaques ici, confirme Paul Heinzmann, responsable des achats sur chantier et guide du jour. Les Autrichiens, les Allemands, les Italiens, les Portugais, les Français et les Suisses sont aussi nombreux. Il y a même des gars qui viennent d’Afghanistan ou du Paraguay.» 

A l’automne 2013, on comptait un peu plus de 400 personnes de 17 nationalités différentes sur le site valaisan, affectées pour un tiers d’entre elles aux travaux d’avancement, un tiers à ceux de la logistique et le dernier tiers aux travaux dits de béton, liés aux cheminements d’eau et au barrage. Dans les tunnels, l’italien et l’allemand sont les deux langues les plus courantes. Pour le reste, le patchwork linguistique caractérise l’ensemble des discussions. 

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2013, restaurant pour les ouvriers du chantier

Hommes, femmes, même motivation

À Nant de Drance, la motivation des employés est palpable à tous les échelons. Y compris dans les couloirs des 6 bâtiments regroupant les 460 chambres – avec douches, WC et espaces loisirs à chaque étage – à disposition des ouvriers. En acceptant la responsabilité de l’entretien des logements, du change house et des bureaux, Marie-Laure Hamon avoue avoir éprouvé une appréhension. 

Pas évident de se retrouver en tant que femme dans un monde masculin. Son inquiétude n’aura pas duré longtemps. «Nos hommes sont gentils, affirme-t-elle sans hésitation. Ils font preuve d’un respect étonnant pour notre travail. Comme le leur est dur, on essaie de rendre leur vie sur le chantier le plus agréable possible. On s’adapte à leurs horaires irréguliers pour ne pas les déranger.» 

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Containers superposés servant à l’hébergement des ouvriers

La solidarité: une langue universelle

Du responsable tunnelier à la chargée de l’entretien, de l’aide de cuisine au contremaître, chacun apporte sa pierre à la réalisation de la station de pompage-turbinage. «On a tous un job précis à faire. On le fait, c’est tout. Et quand l’un d’entre nous a un souci, on se serre les coudes.» L’explication est donnée sans fioritures inutiles. À l’image de ces hommes de l’ombre, volontiers économes de mots lorsqu’il s’agit d’exprimer ce qu’ils ressentent. Sauf quand ils évoquent leur métier. Là, quel que soit le pays d’où ils viennent, le même sentiment de fierté brille au fond de leurs yeux, la même solidarité se retrouve dans leurs gestes. Et s’ils ne se connaissent pas déjà pour avoir travaillé ensemble sur des chantiers similaires, ils se reconnaissent d’un regard, d’un signe de tête. C’est peut-être cela le secret de leur entente: parler la langue universelle des bâtisseurs du futur. 

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Les matériaux valorisés

Les agrégats servant à la fabrication du béton sont concassés en diamètres définis

Plus de 4 millions de tonnes de roche auront été excavées à Nant de Drance. Une partie de ces matériaux, transformée en béton, retournera sur le chantier pour consolider les parois des galeries et des cavernes.

Deux grandes halles en tôles métalliques flanquées de hauts silos se dressent sur la commune de Trient, à environ 3 kilomètres du portail d’entrée du chantier de Nant de Drance. C’est là qu’une partie des quelque 4 millions de tonnes de roche qui auront été excavées sera valorisée. Juste retour des choses: pour des raisons économiques et pratiques, mais aussi pour préserver l’environnement, des matériaux issus du creusement des galeries, cavernes et puits d’amenée d’eau retourneront sur le chantier. Après avoir été transformés en béton, ils serviront à consolider les parois de l’ouvrage souterrain.

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Un choix difficile

La fabrication du béton ne se résume pas à un simple mélange d’eau, de ciment et de graviers. «C’est toute une chimie», souligne Christophe Carron, du bureau PRA Ingénieurs Conseil à Sion, qui est responsable de la gestion des matériaux sur le chantier de Nant de Drance. Il faut d’abord sélectionner «des matériaux qui ont certaines caractéristiques pétrographiques et chimiques». Puis les concasser et les trier afin de les transformer en granulats - graviers et sables - ayant des dimensions adéquates pour fabriquer un béton de bonne qualité, c’est-à-dire résistant et durable. C’est à ce besoin que répond la station de traitement des matériaux de Trient.

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Installation et silos de préparation des agrégats

Concassage et tri

Pour savoir si elles pourront, ou non, servir à faire du béton, les roches sont triées dans les tunnels souterrains, à mesure qu’elles sont excavées par le tunnelier ou à l’explosif. «Ce tri au front de taille représente une complication, car on doit veiller à ne pas freiner les travaux», souligne Christophe Carron. 

Les matériaux valorisables sont ensuite transportés par camions jusqu’à la première halle de la station de traitement. Ils passent alors dans deux premiers concasseurs, qui les broient et diminuent progressivement leur taille. Puis ils sont projetés violemment sur les parois verticales d’un troisième concasseur destiné, explique Christophe Carron, «à donner de la cubicité au granulat». En d’autres termes, à lui conférer une forme arrondie «de manière à ce qu’il roule lors de la fabrication du béton». Passant dans des cribles, les graviers sont ensuite triés en fonction de leur granulométrie – de 4 à 8 mm et de 8 à 16 mm. Ceux qui dépassent cette taille sont renvoyés dans le circuit de concassage pour y être à nouveau broyés. 

Quant aux particules les plus fines qui formeront le sable, elles sont acheminées vers un grand bassin de décantation dans lequel elles se déposent, selon leur taille. 

Après avoir été lavés, ces différents matériaux sont transférés dans 4 silos «d’une quinzaine de mètres de haut et qui ont chacun une capacité de 600 m3», précise le responsable de la gestion des matériaux.

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Contrôle de qualité

Jouxtant les bâtiments principaux de la station de traitement des matériaux, un petit local abrite le laboratoire. C’est là que les matériaux d’excavation subissent divers examens qui permettent de savoir s’ils ont les qualités requises pour être transformés en granulats à béton. Entre ces murs, on contrôle aussi la qualité et de la granulométrie des graviers et des sables qui sortent des concasseurs. 

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Destination: les centrales à béton….

Les granulats produits à l’usine de Trient sont enfin transportés, toujours par camions, vers la centrale à béton, actuellement située  sur le chantier souterrain à proximité de la caverne des machines.

Par ailleurs, une autre station de valorisation des matériaux d’excavation a été installée entre les barrages d’Emosson et du Vieux-Emosson. Elle produit des graviers plus gros qui servent à la fabrication d’un «béton plus grossier, destiné à la surélévation de ce barrage», précise Christophe Carron.

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Installation et silos de préparation des agrégats

… ou les décharges

Quant aux matériaux d’excavation qui n’ont pas été jugés aptes à entrer dans la fabrication du béton, ils sont mis dans des décharges, l’une située à La Gueulaz, près du lac d’Emosson et l’autre au vallon du Châtelard. Il est difficile d’imaginer que l’on est devant un site de dépôt définitif de matériaux lorsque l’on voit ce vallon en partie comblé sur lequel l’herbe a déjà repoussé. «On y a vu des chamois cette année, raconte Christophe Carron; ils avaient l’air de bien s’accommoder du lieu.» Une fois le chantier de Nant de Drance terminé, ce vallon sera totalement renaturé, de même d’ailleurs que le site abritant la station de traitement des matériaux. Rien n’y paraitra plus et la nature reprendra ses droits.

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Les matériaux d’excavation du chantier en chiffres

4,2 millions de tonnes de matériaux auront été excavées lors des travaux souterrains menés par Nant de Drance. 700 000 tonnes vont retourner sur le chantier sous forme de béton. 300 000 m3 de béton sont nécessaires pour recouvrir les parois de l’ensemble des galeries, cavernes et puits d’amenée d’eau de la future installation de pompage-turbinage. A cela s’ajoutent 70 000 m3 d’un béton plus grossier utilisé pour la surélévation du barrage du Vieux Emosson.

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L’excavation des puits: une opération complexe

La chute d’un objet peut être mortelle pour les ouvriers qui travaillent au-dessous.

Deux puits verticaux achemineront l’eau des lacs jusqu’aux turbines. Pour les construire, il a fallu creuser la roche sur 425 mètres de hauteur. La tâche était délicate et elle est réussie.

Les puits sont des structures cruciales pour la station de pompage-turbinage de Nant de Drance. C’est en effet dans ces deux cheminées verticales que l’eau du lac du Vieux-Emosson chutera dans les turbines qu’elle fera tourner, avant de s’écouler vers le lac inférieur d’Emosson. C’est aussi à travers ces structures que l’eau prendra le chemin inverse, après avoir été pompée. La construction de ces puits de 425 mètres de haut et de 7 mètres de diamètre représente toutefois un sacré défi. «Ce n’est pas un travail courant», remarque Gérard Seingre, le directeur général des travaux.

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Vue verticale d’un des deux puits. C’est dans ces conduits d’une longueur de 400 mètres et d’un diamètre de 8 mètres que l’eau chutera ou sera pompée.

Un forage en trois étapes

La première difficulté réside dans le fait que ces structures sont verticales. Il faut être «extrêmement prudent, car la chute d’un objet peut être mortelle pour les ouvriers qui se trouvent dessous». En outre, si l’on creuse du haut vers le bas, il faut alors «dépenser une énorme énergie pour remonter les matériaux excavés».

C’est pour cette raison que le maître d’ouvrage a choisi d’utiliser la technique de forage nommée «raise-drill» («forage remontant»). L’excavation se fait en trois étapes qui permettent d’élargir progressivement la cheminée. 

La première phase consiste à forer un trou de 30 centimètres de diamètre. La méthode est la même que celle employée pour faire des forages pétroliers, à cette différence près que les tiges employées pour creuser doivent rester parfaitement verticales, ce qui nécessite une grande précision. L’objectif a été atteint puisque la déviation finale n’a été que de 20 centimètres sur 400 mètres, soit une précision de 0,5 sur 1000 (0.5 pour mille). 

Ce premier trou est ensuite élargi à l'aide d'une tête de forage de 2,5 mètres de diamètres entrainée du bas vers le haut. Les matériaux d'excavation tombent ainsi au fond du puits.

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Il faut bétonner la structure sans jamais s’arrêter, pour éviter la formation de joints qui deviendraient des points faibles.

Pas d’arrêt pour le bétonnage

Vient ensuite la troisième étape, l’élargissement à l’explosif jusqu’à atteindre le diamètre final de 7 mètres. «Les mineurs forent 5 mètres par jour. Ils travaillent à l’aide d’une plateforme qui porte les équipements nécessaires et la principale difficulté pour eux, c’est qu’ils ne doivent pas tomber dans le trou.» Au fur et à mesure de l’avancement des travaux, les ouvriers ramassent à la pelle mécanique les graviers puis les blocs de roches tombés au fond du puits.

Il ne reste alors plus qu’à bétonner la structure. Sans jamais s’arrêter car sinon, il se forme dans le béton des joints qui sont autant de points de faiblesse. «Les ouvriers ont travaillé pendant trois mois, 24 heures sur 24 et nous avons réussi l’exploit de bétonner les 425 mètres du puits sans avoir aucun arrêt.» Dernière finition: on injecte un mélange de ciment et d’eau entre la roche et le béton afin que ce dernier soit bien collé à la paroi.

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La radioactivité naturelle freine les travaux

La construction du premier puits est maintenant achevée et «globalement, elle s’est bien déroulée», se félicite le directeur général des travaux. « Une petite portion du rocher s’est cependant révélée radioactive. J’ai immédiatement ordonné l’arrêt des travaux et contacté la SUVA (la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents)», se rappelle Gérard Seingre. «Pour éviter les opérations manuelles, nous avons décidé de projeter sur la roche une couche de 7 à 8 centimètres de béton renfermant des fibres métalliques à la place du treillis. Cela a permis de réduire la radioactivité à des niveaux parfaitement acceptables.» 

Un dernier écueil doit encore être surmonté avant que les chaudronniers arrivent sur place pour installer des coudes en acier en amont et à l’aval du puits: de l’eau s’infiltre à travers les fissures du béton et tombe dans le puits. «On est en train de monter une tente pour protéger les ouvriers et permettre le soudage» explique Gérard Seingre. Une fois la centrale en exploitation, cette fine pluie ne posera plus problème puisque ce seront des trombes d’eau qui dévaleront dans les puits.

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L’impact du chantier sur l’environ­nement est réduit au maximum

La zone humide de Bierle est située en bordure du chantier, mais elle ne doit en subir aucun impact. Des dispositifs surveillent donc la qualité des eaux dans la décharge provisoire et aux alentours.

Qualité de l’air, respect de la nature et du paysage, gestion des déchets: Elisabeth Carrupt, «Madame environnement » de Nant de Drance, surveille de près le chantier.

Creusement de longues galeries souterraines, utilisation d’explosifs, bétonnage des cavernes, ballets d’engins de chantier à l’intérieur du site et aux alentours: pendant la durée des travaux, un chantier de l’ampleur de celui de Nant de Drance a forcément des impacts sur l’environnement. Tout doit cependant être fait dans le respect des normes en vigueur et des règles fixées dans l’autorisation de construire.

Une entreprise indépendante, le bureau d’ingénieurs et de géologues Tissières SA à Martigny, a été mandatée pour effectuer les contrôles et, en son sein, c’est Elisabeth Carrupt qui en a été chargée.

Cette géologue qui a aussi suivi une formation en sciences de l’environnement est ainsi devenue «Madame environnement» de Nant de Drance, projet qu’elle suit depuis le début. Elle se rend donc régulièrement sur le chantier pour y faire «des visites non annoncées», comme elle le précise, ou lorsque la direction des travaux l’appelle pour résoudre un problème. Elle doit avoir l’œil à tout.

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Pour éviter toute pollution, l’ensemble des eaux issues du chantier fait l’objet d’un traitement.

L'eau et la nature étroitement surveillées

Comme dans tout ouvrage souterrain, de l’eau percole en permanence sur les parois des galeries et des cavernes. Par ailleurs, de grandes quantités de liquide sont utilisées pour laver machines et véhicules de chantier. «Nous devons nous assurer qu’après avoir été traitées, les eaux issues du chantier ne sont pas polluées», explique Elisabeth Carrupt. Les nappes phréatiques et les rivières sont aussi observées de près.

En collaboration avec un bureau de biologie, «Madame environnement» s’assure aussi que tout est fait pour protéger la faune, la flore et le paysage. La zone humide de Bierle, aménagée en aval du village du Trient, fait l’objet d’une attention particulière. «On la surnomme la zone tabou, dit Elisabeth Carrupt, car elle ne doit subir aucun impact, alors qu’elle est située en bordure du chantier.»

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Contrôle de la qualité de l’air

Dans le cadre du suivi environnemental sont également réalisées, par des entreprises spécialement équipées, des mesures des immissions sonores et des vibrations sol qui auraient pu affecter, surtout au début du chantier, des maisons du voisinage, ainsi que l’usine électrique de Châtelard ou le barrage du Vieux Emosson.

Elle veille à la qualité de l’air et se préoccupe des poussières émises par les engins de chantier.

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La délicate gestion des déchets

Au fur et à mesure de l’avancement du chantier, le vallon du Châtelard est réhabilité. Il fait partie des seize sites qui font l’objet de mesures de compensation financées par le maître d'ouvrage.

Toutefois, la géologue ne cache pas que l’une des missions qui lui prend le plus de temps est la gestion des déchets. Certains, comme les «déchets urbains» (verre, papier, PET etc.) sont faciles à maîtriser. C’est en revanche plus compliqué pour les déchets spéciaux qui, après leur évacuation, «doivent être réceptionnés par des repreneurs agréés». Le chantier génère en effet de la ferraille, des matières plastiques, mais surtout une énorme quantité de boues renfermant des poussières et éventuellement des huiles. Ces boues sont récupérées dans des bacs de décantation, essorées, puis stockées dans des bennes dont «le contenu est analysé, afin que nous puissions déterminer le type de repreneur qui pourra l’accueillir».

 

Radioactivité naturelle

La « pollution naturelle » à l’intérieur des galeries et des cavernes, qui pourrait affecter la santé des ouvriers, fait aussi l’objet d’une étroite surveillance. La roche est en effet riche en radon et uranium, un élément radioactif naturel. Même «s’il n’y a pas de zones qui présenteraient un danger pour les ouvriers», Elisabeth Carrupt a participé à l’élaboration de directives strictes qui sont appliquées par le responsable de la sécurité.

Il peut aussi y avoir des pollutions plus ponctuelles, comme cela a été le cas lorsque de l’arsenic naturel a été découvert dans la roche. «Nous avons aussitôt recommandé aux ouvriers de ne pas boire d’eau en provenance du rocher et à porter leur équipement individuel», dit Elisabeth Carrupt.

 

Aucune remarque négative

La géologue admet que, dans chacun des domaines qu’elle surveille, «il y a eu des problèmes». Mais dans chaque cas, des discussions avec le maître d’ouvrage, la direction des travaux et les entreprises effectuant les travaux, «ont permis de trouver des solutions qui respectent au mieux l’environnement». D’ailleurs, les impacts du chantier sont suivis par les autorités cantonales valaisannes et par les Offices fédéraux de l’énergie et de l’environnement.

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Mesures de compensation

Comme tout chantier important, celui de Nant de Drance aura un impact durable sur l’environnement qu’il faut compenser. Seize mesures de compensation, d’un montant global de 22 millions de francs financé par le maître d’ouvrage, ont ainsi été adoptées. Certains de ces projets visent à réhabiliter des endroits directement affectés par le chantier, comme le réaménagement de la carrière de La Gueulaz ou du Vieux Emosson. D’autres concernent des zones non affectées par les travaux, comme la réhabilitation des rives du Trient à Vernayaz. Dans tous les cas, Elisabeth Carrupt est chargée, du suivi de l’avancement de ces projets, qui sont élaborés par un biologiste.

JB COMM/10.06.13

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La conseillère fédérale Doris Leuthard en visite à Nant de Drance

Doris Leuthard s’apprête à visiter le chantier en compagnie d’Eric Wuilloud, le directeur général de Nant de Drance SA

Pour célébrer la fin des travaux d’excavation des galeries et des cavernes, une fête a été organisée le 3 mars 2014 sur le chantier de Nant de Drance. En présence de la conseillère fédérale Doris Leuthard et d’invités de marque.

Lentement, le rideau noir se lève, dévoilant aux yeux des participants ébahis la caverne des machines. C’est le moment-clé de ce jour du 3 mars 2014. «Dans les profondeurs exceptionnelles, au cœur du chantier de Nant de Drance», souligne Eric Wuilloud, le directeur général de Nant de Drance SA, la fin des travaux d’excavation est célébrée en présence de la Conseillère fédérale Doris Leuthard, cheffe du département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication.

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Finissant sa visite du chantier dans la caverne des machines, la conseillère fédérale est entourée (de gauche à droite) de Bernhard Brodbeck, membre de la direction IWB, de Paul Michellod, directeur général de FMV SA, de Jasmin Staiblin CEO d’Alpiq et de Michael Wider, président du conseil d’administration de Nant de Drance SA.

Une caverne presque aussi haute que le Palais fédéral

Un peu plus de cinq ans après le début des travaux qui ont démarré le 30 juin 2009 au barrage d’Emosson, «l’impressionnant labyrinthe» selon les termes d’Eric Wuilloud est achevé et la caverne des machines entièrement creusée. Cette grotte a des «dimensions impressionnantes» puisqu’elle fait «à quelques mètres près, la hauteur du Palais fédéral dont une photo est projetée sur le mur», rappelle Michael Wider, président du conseil d’administration de Nant de Drance SA.

Pour célébrer l’événement, la caverne a été débarrassée de ses habituels engins de chantier et la plateforme qui la surplombe aménagée en salle de réception. Moquette au sol, estrade dressée à l’attention des musiciens et des orateurs et, au fond, tables parées de nappes noires ornées de bouquets de tulipes: tout est fait pour donner à ce lieu un air de fête.

Il n’est en effet pas fréquent que le chantier reçoive une conseillère fédérale. Ni qu’il convie des représentants des autorités fédérales, cantonales et communales, des actionnaires, des fournisseurs et des entreprises partenaires, ainsi que des journalistes.

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Travail de pionniers

L’arrivée de la conseillère fédérale dans la caverne marque la fin de la pause café et le début des discours, tous empreints «d’admiration pour le prodigieux travail accompli», selon les termes de Doris Leuthard qui se dit « fascinée» par le chantier qu’elle vient de visiter.

«Ce sont toujours des pionniers qui ont fait avancer la Suisse». Nant de Drance est pour elle la preuve que le travail de ces précurseurs «est toujours possible aujourd’hui».

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Une situation difficile pour les producteurs d’électricité

Certes les producteurs d’énergie électrique traversent une mauvaise passe. Tout en se disant «fier» d’avoir participé à ce projet en tant que représentant d’Alpiq, l’un des actionnaires-fondateurs du projet, Michael Wider constate que «les conditions cadres dans notre pays et en Europe ne sont pas encore réunies pour valoriser à sa juste valeur économique cet aménagement». «La situation des forces hydrauliques est aujourd’hui difficile», renchérit Jean-Michel Cina, le chef du département de l’économie, de l’énergie et du territoire du canton du Valais. Doris Leuthard est consciente de ces difficultés, mais elle se dit persuadée que «l’énergie hydraulique et le stockage sont promis à un bel avenir».

Pour elle, il ne fait aucun doute que «l’Europe a besoin des capacités de stockage et de réserves d’énergie suisses pour répondre à la production volatile d’énergies renouvelables». Dans ce cadre, «Nant de Drance peut jouer le rôle d’une centrale moderne et polyvalente».

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Indispensable accès au marché européen de l’électricité

Dans les galeries souterraines, la conseillère fédérale s’entretient avec Michael Wider, président du conseil d’administration de Nant de Drance SA.

Dans le secteur de l’électricité, les relations de la Suisse avec l’Union Européenne (UE) sont au cœur du débat. «Le marché suisse, pour autant qu’il existe, ne suffira pas à rentabiliser les aménagements d’accumulation», a souligné Michael Wider.

D’un point de vue technique, reconnaît Doris Leuthard, notre pays peut se passer d’un accord sur l’électricité signé avec l’UE. Mais «le prix à payer sera élevé, car une participation ad hoc de la Suisse au marché européen de l’électricité, au négoce, à l’indemnisation de l’utilisation du réseau, etc. ne sera plus possible». L’accès au marché européen est donc «indispensable pour la Suisse et il doit être garanti à des conditions acceptables». Mais pour cela, «il faut une ouverture complète du marché suisse».

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Des conditions de travail difficiles

Avec l’excavation de la caverne des machines, «un travail considérable a été achevé conclut Doris Leuthard, mais nous n’en sommes qu’à la mi-temps». De nombreuses tâches restent à accomplir avant que la station de pompage-turbinage ne délivre ses premiers kilowattheures. Dans ce chantier qui est «l’un des plus importants et des plus vastes de notre pays», selon les mots d’Eric Wuilloud, le travail va donc se poursuivre. Mais en ce jour de célébration, l’heure est encore aux réjouissances. Ce n’est qu’après une raclette dégustée en musique que la fête prendra fin.

JB COMM/ 03.03.14

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Nant de Drance est une «Formule 1» de la production d’électricité

Michael Wider, Directeur Generation Alpiq Holding SA, Deputy CEO

Installation flexible et de grande puissance, la station de pompage-turbinage sera importante pour assurer la stabilité du réseau à très haute tension suisse et européen.

Les stations de pompage-turbinage comme celle de Nant de Drance sont des installations précieuses pour les producteurs et les transporteurs d’électricité et donc, in fine, pour les consommateurs de courant. Leurs principaux atouts résident dans «leur grande puissance électrique et leur flexibilité», précise Michael Wider, Président du Conseil d’administration de Nant de Drance SA et représentant d’Alpiq, l’un des actionnaires-fondateurs du projet. En outre, elles tirent parti d’une source d’énergie renouvelable, l’eau. En ce sens, les centrales de ce type sont «les Formule 1 de la production d’électricité».

Le cœur de l’installation sera constitué de six machines réversibles. Lors des pics de consommation le matin et le soir, elles turbineront l’eau chutant du lac du Vieux Emosson; elles produiront ainsi de l’électricité qui sera injectée dans le réseau à très haute tension. Lorsque les besoins en électricité seront moindres, elles pomperont l’eau du lac inférieur d’Emosson pour la remonter vers le Vieux Emosson, ce qui permettra de stocker de l’énergie. Et cela, avec une souplesse remarquable puisque, précise Michael Wider, «il suffira de dix minutes» pour passer du pompage au turbinage, ou inversement.

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Programme prioritaire d’extension du réseau de Swissgrid

Assurer la stabilité des réseaux à très haute tension

Avec Nant de Drance, le transporteur suisse d’électricité Swissgrid et ses homologues des pays voisins disposeront d’un outil important. La station de pompage-turbinage servira en premier lieu à stabiliser les réseaux à très haute tension suisse et européen. Du point de vue de l’électricité, «l’Europe est interconnectée, souligne le responsable de la production d’Alpiq. Il est fabuleux de constater que de la Sicile à Hambourg, on utilise du courant électrique de même fréquence, 50 Hz, ce qui signifie que, partout, les électrons oscillent 50 fois par seconde». Cette unification permet les exportations et les importations de courant, mais elle a toutefois son revers. De petites variations dans cette fréquence suffisent à provoquer des microcoupures de courant qui peuvent poser des problèmes dans certaines productions industrielles. Michael Wider cite l’exemple d’une entreprise de Fribourg qui emballe ses légumes dans de fines feuilles de plastique. «Ce film tourne sur une rotative chauffée et le moindre changement de la température suffit à le déchirer». Avec les conséquences que l’on imagine pour la conservation des aliments. Lorsque les microcoupures de courant se transforment grandes en coupures, cela peut aboutir à des black-out comme cette panne qui a plongé l’Italie dans l’obscurité pendant plusieurs heures, en septembre 2003.

Il est donc indispensable de pouvoir rapidement intervenir pour stabiliser le réseau européen. Or celui-ci est devenu plus instable que par le passé en raison «de l’injection stochastique des nouvelles énergies renouvelables, comme le solaire photovoltaïque et l’éolien». Les rayons du soleil et le vent sont capricieux et leurs sautes d’humeur créent des à-coups dans la production d’électricité qui se répercutent sur le réseau. Au côté des autres grandes stations de pompage-turbinage suisses – telles que Linthal (Kraftwerke Linth-Limmern AG) et Veytaux (Forces Motrices Hongrin-Léman SA) – Nant de Drance pourra donc alimenter ou décharger rapidement le réseau afin de maintenir sa fréquence constante.  

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Déjà entièrement excavée, cette caverne destinée à accueillir les turbines est presque aussi haute que le Palais fédéral.

Un rôle de batterie

Les stations de pompage-turbinage ont toutefois un désavantage et Nant de Drance ne fait pas exception à la règle: elles consomment plus d’électricité qu’elles n’en produisent. Ce bilan énergétique négatif est dicté par les lois élémentaires de la physique et on ne peut pas l’inverser, car «on est incapable de contourner les lois de Newton», dit en riant Michael Wider. Le rendement de Nant-de Drance, qui est de 80%, est toutefois remarquable. En outre, les installations de pompage-turbinage stockent le courant lorsqu’il est le moins cher, aux heures creuses, et elles en produisent lorsque son coût est plus élevé, lors des pics de consommation. Leur rentabilité est donc liée à ces différences de prix.

La station de pompage-turbinage de Nant de Drance est «un milestone de l’industrie électrique suisse» et Michael Wider se dit fier de participer à la construction de «l’un des plus importants aménagements dont notre pays disposera». Elle contribuera à l’approvisionnement électrique du pays, tout en aidant la Suisse à devenir l’une des batteries de l’Europe.

JB COMM/ 17.04.14

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Durant l’hiver, avant que les équipes de Nant-de-Drance ne reviennent travailler sur le chantier, les guides sécurisent les lieux sensibles comme, ici, au-dessus des prises d’eau du barrage du Vieux-Émosson.

Les anges gardiens du chantier

Sept guides de montagne valaisans assurent la sécurité des ouvriers de Nant-de-Drance contre les risques d’avalanches. De mars à mai, ils scrutent les humeurs de la nature sans relâche. Rencontre avec leur coordinateur, Samuel Lugon-Moulin.

En ce 21 novembre 2013, l’hiver a déjà fait une apparition remarquée jusqu’en plaine. À Nant-de-Drance, le chantier va bientôt entrer dans une phase d’hibernation relative. Quelques semaines après les fêtes de fin d’année, le pic de la saison débutera pour les guides de montagne chargés de la sécurité des ouvriers dans les lieux exposés aux risques d’avalanches.

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Les guides de montagne en charge de la sécurité des ouvriers de Nant-de-Drance mènent plusieurs opérations essentielles pour prévenir les risques d’avalanche. A Émosson, sur les pentes situées au-dessus des prises d’eau, le guide Xavier Fournier teste la stabilité du manteau neigeux après avoir établi un profil stratigraphique.

Mobilisés sept jours sur sept

«À partir de mi-février, nous surveillons l’accès au chantier. De mars à mai, nous sommes mobilisés sept jours sur sept, des petites heures matinales jusqu’à tard dans la nuit et l’un d’entre nous est en permanence sur place. Et sous les pentes avalancheuses, nous sommes deux pour observer l’état du manteau neigeux et procéder à des minages le cas échéant», précise Samuel Lugon-Moulin. Guide depuis vingt ans, ce natif et résident de Finhaut coordonne une équipe composée exclusivement de Valaisans expérimentés, et surtout, très soudés. «Savoir que je peux compter sur mes collègues à tout moment est essentiel pour gérer le stress lié à cette fonction. Sur l’ensemble du secteur surveillé, nous avons la responsabilité de près de quatre-vingts personnes.»

Outre Samuel Lugon-Moulin, le team de base réunit Marc Volorio, Raoul Crettenand et Xavier Fournier. Trois autres guides interviennent plus ponctuellement: Pierre Darbellay, Stéphane Hottinger et Patrice Exquis. Ils préviennent les risques d’avalanche et surveillent «non seulement les voies de communication et les habitations, mais des versants entiers de montagne.» En outre, ils préparent les ouvriers à utiliser des détecteurs et des pelles ou encore à rechercher des victimes potentielles.

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Un certain goût de l’aventure

Même si ce n’est pas toujours facile de combiner vie professionnelle et vie de famille lorsqu’on est papa de trois garçons, Samuel Lugon-Moulin n’a pas hésité une seconde à répondre à l’appel des responsables de Nant-de-Drance. «J’ai été contacté dès le début des travaux, en 2008. J’ai été motivé par l’importance de ce projet. Il représente un sacré défi. Fait rare, il se déroule à côté de chez moi!» Le Valaisan a été attiré par le goût de l’aventure et l’esprit de solidarité inhérents à ce type de projet. S’il traite en priorité avec les conducteurs de travaux GMI1, cela ne l’empêche pas de côtoyer de près les hommes du chantier et de se sentir proche d’eux. «Je crois que la majorité d’entre eux recherchent le challenge. Ils bossent dur, mais ils vivent des moments intenses. Comme nous.»

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Le coordinateur des guides de montagne valaisans, Samuel Lugon-Moulin, prépare un minage des plaques de neige et de glace sur une zone rocheuse qui surplombe les prises d’eau se trouvant au fond du lac d’Émosson.

De la neige en abondance

Particulièrement rigoureux, les hivers 2011 et 2012 ont nécessité de nombreuses opérations de minage par hélicoptère ou à ski. «Chaque 10-15 jours, le chantier devait être fermé, se souvient le coordinateur de l’équipe. Pour les ouvriers, de telles interruptions sont compliquées à gérer. Nous les freinons dans leur activité. Assez souvent, ils montent un coffrage durant trois jours, puis au moment de passer au bétonnage, nous interrompons tout. Mais ils ne contestent jamais nos décisions. Au contraire, ils sont respectueux des consignes.»

Météo toujours, le printemps 2013 a lui aussi joué les trouble-fêtes en tardant à se manifester. Du coup, les guides ont été sollicités jusqu’en juin. Il est vrai qu’à 2000 mètres d’altitude, l’atmosphère printanière n’a rien à voir avec celle prévalant en plaine. «D’autant plus que la région d’Émosson est l’une des plus enneigées du Valais, rappelle Samuel Lugon-Moulin. L’arrivée du printemps correspond à une période de réchauffement et donc, d’instabilité qui favorise les avalanches dites humides, en opposition aux avalanches sèches de poudreuse du début d’hiver. Heureusement, jusqu’à présent, nous n’avons pas connu de gros pépins, juste quelques frayeurs.»

À Nant-de-Drance, la collaboration des guides de montagne constitue une composante indispensable à la réussite des travaux. Elle présente, en outre, un avantage supplémentaire en fournissant l’occasion d’alimenter une base de données à l’aide des relevés de températures, air, vent, etc. réalisés chaque jour par les guides. «Dans le secteur de la Forclaz, nous bénéficions d’un historique des observations d’avalanches alors qu’à Émosson, rien de tout cela n’existait, souligne Samuel Lugon-Moulin. Nous sommes en train de constituer une documentation utile pour la suite. Elle nous permettra de dresser des parallèles avec des situations à risques similaires.»

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Quatre secteurs à risques

Les guides de montagne intervenant à Nant-de-Drance ont pour mission de permettre aux ouvriers de travailler le plus longtemps possible sur le chantier tout en assurant leur sécurité. Quatre secteurs sont placés sous leur vigilance:

  • la route d’accès à Finhaut, soit le versant sud du Bel-Oiseau
  • l’accès au collecteur ouest, plus précisément le couloir nord en entonnoir des Perrons
  • la décharge du collecteur ouest, située sous une pente raide
  • les prises d’eau du lac d’Émosson, le site le plus critique car il est dépendant d’un versant situé plein est qui se réchauffe très vite sous l’influence des vents d’ouest.

JB COMM/ 21.11.13

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